Ce genre de la classe des angiospermes (plantes à ‘fleurs’) fait partie de la famille des Oleaceae, famille de l’olivier, du frêne…, et de la tribu des Jasmineae comprenant 2 genres : Jasminum (± 200 espèces, fruit en baie) et Menodora (± 30 espèces américaines et sud-africaines, fruit en capsule). Jasminum fut divisé en 5 sections (désormais 4, mais qui devraient être revisitées) ; la section Alternifolia, avec 8 espèces définies par Augustin Pyrame de Candolle en 1844, a été remaniée avec 10 espèces, et reclassée en 2014 par le biologiste italien Enrico Banfi dans un nouveau genre : Chrysojasminum, chryso du grec signifiant ‘or’ en référence à la couleur jaune des fleurs (voir à Caractéristiques). L’espèce type de ce nouveau genre est Crysojasminum humile (ex Jasminum humile).
Le genre Nyctanthes est aussi de la famille des Oleaceae, et est assez proche du genre Jasminum, d’ailleurs plusieurs espèces furent reclassées chez Jasminum ; Nyctanthes signifie ‘fleur la nuit’, et effectivement certains jasmins épanouissent aussi leurs fleurs durant la nuit.
Asie, régions himalayennes – Afrique – Europe du Sud ; de nombreuses espèces viennent de Chine, et le plus connu est le jasmin rose – Jasminum polyanthum des régions montagneuses du nord-est du Yunnan.
Les premiers jasmins, non européens, furent introduits vers 1550 par les Arabes. Le seul jasmin sauvage qui se développe spontanément dans le sud de la France durant le printemps est l’espèce fruticans originaire des régions méditerranéennes, reclassée en 2014 dans le genre Chrysojasminum.
∙ Jasminum officinale, originaire des régions himalayennes, a été décrit et nommé en 1753 par Linné à partir de spécimens venus d’Inde.
∙ Dès l’Antiquité, le jasmin d’Arabie – Jasminum sambac, originaire de l’Inde, a été introduit en Égypte où il a été largement cultivé. Ses noms vernaculaires français et anglais – jasmin d’Arabie – rappellent son introduction des pays de la péninsule arabique en Europe.
∙ En Europe, en 1930, des graines de Jasminum polyanthum furent ramenées du Yunnan en Chine par George Forrest et Lawrence Johnston ; ce dernier les cultiva dans les jardins de sa propriété ‘Serra Madone’ à Menton, et en distribua aux horticulteurs de la région. Désormais, ce jasmin fait partie intégrante du paysage méditerranéen.
∙ Chrysojasminum leptophyllum (ex Jasminum leptophyllum), originaire du Pakistan, est le dernier jasmin découvert en 1995 par la botaniste pakistanaise Rubina Rafiq lors d’une expédition de collecte organisée par Kew Gardens dans son pays.
∙ Dans le sud de l’Europe, Chrysojasminum humile (ex Jasminum humile) – le jasmin d’Italie (originaire des régions sino-himalayenne) y est devenu sauvage. Une de ses nombreuses formes aurait été introduite au XVIIe siècle en Europe, et particulièrement en Italie, d’où son nom.
– Jasminum L.
Le premier botaniste à décrire le jasmin fut Joseph Pitton de Tournefort, mais le nom fut officialisé par Linné en 1753.
Jasminum vient de l’arabe ‘yasamyn’ décliné du persan ‘yasaman – yasemin’ désignant une plante blanche odorante. D’autres versions font référence à l’origine d’un mot grec signifiant ‘odeur médicinale’, ou de l’hébreu ‘samin’ signifiant parfum ou aromate ; de toutes façons, on reste dans le domaine de l’olfactif pour notre plus grand plaisir.
– Jasmin est le nom français, jasmine le nom anglais, et jazmin le nom espagnol, ils ont la même origine que le nom latin.
– Le nom vernaculaire de jasmin est très utilisé (à tort) pour d’autres espèces n’appartenant pas au même genre telles :
Campsis radicans – jasmin de Virginie ou jasmin trompette
Cestrum nocturnum – jasmin de nuit.
Gardenia jasminoides – jasmin du Cap.
Gelsemium sempervirens – jasmin jaune ou jasmin de Virginie, ou de Caroline.
Heptacodium jasminoides – jasmin en arbre.
Mandevilla ou Dipladenia sanderi – jasmin du Brésil.
Millingtonia hortensis – arbre à jasmin.
Nyctanthes arbor-tristis – jasmin à floraison nocturne.
Philadelphus coronarius – seringat ou jasmin des poètes.
Plumbago auriculata – en espagnol jazmin azul ou jazmin de celio.
Plumeria – jasmin de Cayenne ou jasmin des Antilles (alba).
Stephanotis floribunda – jasmin de Madagascar.
Trachelospermum jasminoides – jasmin étoilé.
et d’autres…
Soleil ou mi-ombre sur des sols généralement riches et frais, mais bien drainés. La tolérance au gel atteint de -5°C à -8°C selon l’espèce et jusqu’à -15°C pour certaines espèces telles officinalis, nudiflorum et humile.
L’espèce type est le Jasminum officinale, souvent confondu avec le Jasminum polyanthum.
– La croissance est généralement rapide.
– Ce sont des arbustes aux tiges sarmenteuses, grimpantes ou retombantes sans support, de 3 à 6 m, voire plus. Avec l’âge, les tiges deviennent ligneuses.
Le genre Crysojasminum comporte des petits arbustes aux tiges plus ou moins grimpantes, ou de petits arbres (rare) tel Crysojasminum subhumile parfois nommé ‘jasmin en arbre’.
– Certaines espèces peuvent développer des tiges carrées, tel le jasmin d’hiver – Jasminum nudiflorum.
– Le feuillage peut être caduc ou persistant, ou semi-persistant.
Les feuilles vertes sont opposées, généralement composées, imparipennées de 3 à 9 folioles à la base souvent asymétrique, lancéolées ou ovales, et souvent acuminées (pointues), la foliole terminale peut être plus longue (J. polyanthum) ; Jasminum sambac fait exception avec des feuilles simples, parfois verticillées par 3.
Les espèces du genre Crysojasminum se distinguent des Jasminum par des feuilles alternes ; généralement, leurs feuilles sont composées, Chrysojasminum leptophyllum serait la seule espèce du genre à feuilles simples, et étroites.
Le jasmin jonquille, Crysojasminum odoratissimum présente des pétioles canaliculés (creusés en forme de gouttière).
– Fleurs
La maturité sexuelle pourrait être atteinte dès la deuxième année après le semis.
La floraison est de la fin d’hiver au début du printemps (polyanthum…), ou printanière (fruticans, humile…), ou estivale (officinale, odoratissimum…), ou hivernale (nudiflorum…), parfois étalée toute l’année selon l’habitat (sambac).
Très parfumées, ou peu, ou pas, les espèces dépourvues de parfum sont généralement à floraison hivernale, ces espèces se rattrapent avec leur couleur souvent jaune, et surtout leur nectar afin d’attirer les insectes peu sensibles au froid ou les affamés (certains bourdons…) – pollinisation entomophile.
Le bourgeon floral est souvent protégé par des bractées foliacées.
Les fleurs hermaphrodites (bisexuées), souvent portées par de longs pédicelles (tiges), sont solitaires (rarement) ou en inflorescences (grappes) , généralement terminales ou axillaires, en panicules (grappes de grappe), ou assez souvent en cymes ombellifères (voir Inflorescences).
L’espèce officinale présente une inflorescence en cyme à contrario de l’espèce polyanthum en grappe (d’où son nom) ; d’autre part, polyanthum se distingue par un pédicelle et un calice pourpre, un bouton floral nettement rose, des lobes blanc rosé au revers nettement rosé, alors que officinale reste dans des couleurs de vert et blanc, toutefois, les couleurs de polyanthum peuvent être nettement atténuées et ressembler aux fleurs d’officinale, la forme de l’inflorescence est donc plus éloquente.
. Le calice, en coupe ou en tube, est formé généralement de 5 (ou plus) lobes soudés (calice gamosépale) se terminant par 5 ( ou plus) dents linéaires, courtes ou très allongées.
. La corolle tubulaire s’évase en 5 à 9 lobes ovales, oblongs, ou plus ou moins linéaires, à l’apex pointu ou obtus selon l’espèce, parfois en plusieurs verticilles (différents niveaux) quand ils sont nombreux.
Les lobes du jasmin de Nouvelle-Guinée, Jasminum nitidum (syn. Jasminum laurifolium var. nitidum), sont particulièrement effilés lui donnant un aspect aérien très décoratif, d’ailleurs il est appelé ‘jasmin aile d’ange’, dommage que ce jasmin soit rare.
Les fleurs peuvent être blanches, rosées ou jaunes ; celles de Crysojasminum sont toujours jaunes, on les distingue des jasmins jaunes par leurs feuilles alternées (non opposées).
∙ Étrangement, Jasminum ne possède que 2 étamines insérées à l’intérieur du tube corollaire.
∙ L’ovaire supère est à 2 carpelles (loges) partiellement soudés à leur base ; chaque loge porte 2 ovules. Le style (tige reliant l’ovaire au stigmate, partie fertile) naît à l’échancrure entre les 2 carpelles, il porte 1 stigmate bilobé ; parfois le style est long et dépasse nettement le haut de la corolle, parfois il est court, cette caractéristique démontre l’hétérostylie de certaines espèces.
L’hétérostylie est un caractère de certaines familles de plantes qui proposent 2 (parfois 3) sortes de fleurs : soit brévistylée avec un style plus court que les étamines, soit longistylée avec un style plus long que les étamines, soit des agencements différents. Chaque plante opte pour une morphologie spécifique de la fleur. Les fleurs de même type sont incompatibles, ce caractère oblige donc à la pollinisation croisée.
En savoir plus sur La Fleur et sur la Sexualité.
– Les fruits sont en baie bilobée (ex 2 carpelles) verte devenant noire-bleuté ; souvent la baie est unique, suite à l’avortement de la seconde loge. Chaque loge contient 1 grande graine (rarement 2 cause avortement du deuxième ovule) ovale et allongée dont une face est convexe.
L’espèce fruticans a la particularité unique de produire en été des fruits aux graines toxiques !
Dissémination endozoochore, dispersion des graines après un transit intestinal chez les animaux.
– Ennemis : pucerons et cochenilles farineuses. L’Agaricus melleus, un champignon peut attaquer les racines.
– Multiplication par bouturage ou marcottage.
– Parfumerie
Trois espèces sont principalement utilisées : – grandiflorum – officinalis – odoratissimum. Toutefois, Jasminum grandiflorum, plus parfumée, est l’espèce la plus cultivée, mais Jasminum officinale sert souvent de porte-greffe en raison de sa meilleure rusticité.
L’espèce grandiflorum fut introduite à Grasse au XVIIe siècle, le manque d’eau dans cette région limita sa culture qui se développera réellement vers 1868 avec la création du canal de la Siagne. À cette époque, on pouvait trouver deux cultures principales à Grasse : la rose et le jasmin, actuellement le jasmin est une des rares plantes encore cultivées.
Cette culture ancestrale à Grasse est devenue plus rare, toutefois au début de la cueillette (début août) se déroule encore une fête traditionnelle avec feu d’artifice, animations, corso fleuri…
La cueillette à la main dure à peu près trois mois. La fleur étant délicate, l’extraction par bain d’huile est préférée.
Autrefois aux Indes orientales, afin d’obtenir l’huile essentielle et l’arôme, on utilisait un procédé d’extraction en intercalant les fleurs entre des couches de graines de sésame que l’on extrayait à la fin du processus.
1 kg d’essence absolue : 700 kgs de fleurs, soit 7 millions de fleurs représentant 2 000 heures de cueillette !
Malgré sa rareté, et donc son prix élevé, la maison Patou continue de l’utiliser pour son parfum Joy, ainsi que Guerlain et Chanel dont le fameux parfum N°5 contiendrait 10% de jasmin de Grasse.
– Alimentaire
∙ Les fleurs aromatisent le fameux ‘thé au jasmin’ qui est réalisé la plupart du temps avec l’espèce sambac, le jasmin d’Arabie. En Chine, on utilise aussi Jasminum lanceolaria.
∙ À l’heure actuelle, on peut retrouver les notes du jasmin dans des pâtisseries et dans un célèbre café en capsules.
– Au XIXe siècle, en Turquie et au Moyen-Orient, on cultivait Jasminum officinale pour son bois afin de fabriquer des chibouques, des longues pipes à tabac très prisées des amateurs à la recherche de vapeurs voluptueuses.
– Médicinales
Pharmacopée traditionnelle en Asie et en chine, et en médecine ayurvédique.
Les feuilles, les fleurs, et les racines de certaines espèces sont utilisées comme sédatif contre la diarrhée, les fièvres, comme analgésique et anti-inflammatoire ; le jus des feuilles contre l’inflammation des yeux ; les fleurs possèdent des propriétés relaxantes et antidépressives.
En Inde, Jasminum angustifolium traite la teigne. En Cochinchine au sud du Vietnam, Jasminum nervosum purifie le sang.
– Ornementales.
– Autrefois Damas, capitale de la Syrie était considérée comme la ville du jasmin au vu du nombre considérable de jasmins plantés et cultivés.
– Symboles
∙ En France, les noces de jasmin symbolisent 66 ans de mariage ; c’est un symbole d’amour.
∙ En Thaïlande, il représente la mère.
∙ En Indonésie, Jasminum sambac représente la pureté, la vie éternelle, la noblesse, et la beauté d’une jeune fille. À Java, c’est la fleur principalement utilisée pour les mariages. Aux Philippines, c’est un symbole d’honneur et de dignité.
– Fleur nationale
∙ En Tunisie, le jasmin est la fleur nationale, et en offrir est une preuve d’amour.
∙ Jasminum sambac est la fleur symbole aux Philippines depuis 1935, ainsi qu’en Indonésie en 1990.
∙ Jasminum officinale est l’emblème floral du Pakistan : sur le blason, une guirlande de jasmin entoure le coton, le blé, le thé et le jute.
– Offrandes, légendes, et rites religieux
∙ En Inde, Jasminum molle (Jouei de son nom indien) est une offrande lors de cérémonies religieuses.
Le dieu de l’érotisme, Kama décochait les cœurs à l’aide de flèches serties, entre autres, de fleurs de jasmin.
∙ Les fleurs de jasmin sont souvent utilisées pour confectionner des colliers, des guirlandes. À Mayotte et en Indonésie, les chevelures des femmes sont souvent ornées de ces fleurs. Aux Philippines et à Hawaï, les fleurs tressées du Jasminum sambac sont offertes aux invités, et aux autels religieux.
∙ La légende veut que Cléopâtre serait venue à la rencontre de Marc-Antoine sur des bateaux dont les mats étaient huilés de jasmin.
∙ En Chine, le jasmin d’hiver – Jasminum nudiflorum (cultivé depuis fort longtemps à l’époque des Tang 618-907) est considéré comme un des ‘Quatre amis de la neige‘ avec l’abricotier du Japon, le narcisse et le camélia.
– Arts
∙ Poèmes : souvent cité par les poètes perses, d’ailleurs les espèces officinalis et grandiflorum portent le nom vernaculaire de ‘Jasmin des poètes’.
∙ Chansons
De nombreuses chansons hawaïennes évoquent le jasmin sambac.
Mo Li Hua (pinyin) 茉莉花 est le nom chinois de Jasminum sambac signifiant ‘fleur de jasmin’, mais Mo Li Hua est aussi le nom d’une célèbre mélodie chinoise écrite au XVIIIe siècle qui honore cette fleur. Cette mélodie est reprise lors de grands événements en Chine, en 2008 à Pékin, ce fut la mélodie de la remise de prix lors des jeux olympiques, elle est aussi enseignée à l’école.
Cette chanson fut introduite au Japon où elle est devenue une chanson locale. En 2010, elle fut jouée pour la remise du Prix Nobel de la Paix à Oslo. Dans son opéra Turandot, Puccini a repris cette mélodie.
Cette fameuse chanson a été entachée en Chine lorsqu’en Tunisie, Ben Ali prit le pouvoir en 1987 et que cette révolution fut appelée la ‘révolution au jasmin’. En 2010/2011, le peuple tunisien manifesta durant plusieurs semaines et destitua le président, cette révolution prit ce même nom de ‘révolution au jasmin’, c’est pourquoi de nombreux Tunisiens de 2010 préfèrent l’appeler la ‘révolution de la dignité’.
En 2013, cette chanson a été reprise par Song Zuying et Céline Dion lors d’un gala de Nouvel An en Chine :
Mise à jour le 4 décembre 2024.